Stress et environnement · 5 min de lecture
Les personnes avec qui vous travaillez modifient votre biologie
Vous choisissez vos aliments. Vous choisissez votre heure de coucher. Vous choisissez votre salle de sport. Mais est-ce que vous avez déjà choisi consciemment les personnes avec qui vous passez 8 à 10 heures par jour ?
La science est formelle : votre environnement humain au travail modifie votre biologie aussi profondément que ce que vous mangez ou la qualité de votre sommeil.
Et si cet environnement est toxique, votre corps le paie. Même si votre « hygiène de vie » est irréprochable.
Le cycle du stress que personne ne vous explique
Emily et Amelia Nagoski, dans Burnout: The Secret to Unlocking the Stress Cycle, ont mis le doigt sur quelque chose que la plupart des médecins ne disent pas à leurs patients.
Le stress n’est pas le problème. C’est le cycle de stress incomplet qui vous détruit.
Votre corps lance une réponse de stress (le cortisol monte, l’adrénaline débarque, vos muscles se contractent) quand vous recevez un e-mail agressif de votre associé, quand un client vous met la pression, quand vous sentez que vous n’êtes pas respectée dans une réunion.
Cette réponse a un début, un milieu et une fin. Le problème : dans un environnement professionnel toxique, la fin n’arrive jamais. Vous passez de la réunion stressante à l’e-mail stressant au call stressant. Votre corps commence 15 cycles de stress par jour et n’en termine aucun.
Les Nagoski appellent ça la « dette de stress ». Et elle s’accumule dans votre corps sous forme d’inflammation chronique, tensions musculaires, insomnie, et épuisement émotionnel.
Et perso je vois ça en consultation chaque semaine : les patients qui viennent me voir pour de la fatigue chronique, dans 60 % des cas, la cause première n’est pas le sommeil ou l’alimentation. C’est un environnement professionnel qui les draine.
Votre cerveau copie les gens autour de vous (que vous le vouliez ou non)
Steven Kotler, auteur de The Art of Impossible et chercheur en neurosciences de la performance, explique un mécanisme fascinant : les neurones miroirs.
Quand vous travaillez avec quelqu’un de stressé, cynique ou en mode survie permanent, votre cerveau réplique inconsciemment cet état. Vos neurones miroirs captent le langage corporel, le ton de voix, le rythme de respiration, et votre système nerveux s’aligne dessus.
C’est pour ça que vous sortez de certaines réunions vidée alors que vous n’avez « rien fait ». Ce n’est pas la réunion qui vous a fatiguée. C’est le champ émotionnel des gens autour de vous.
Tim Ferriss, qui a interviewé plus de 700 performers de haut niveau pour ses livres et son podcast, a une règle qu’il applique rigoureusement : « Vous êtes la moyenne des 5 personnes avec qui vous passez le plus de temps. Et au travail, vous n’avez pas toujours le choix de ces 5 personnes. Donc vous devez apprendre à créer des barrières biologiques. »
Le burn-out n’est pas un manque de résilience
C’est probablement le mythe le plus toxique dans le monde professionnel.
Les Nagoski sont catégoriques : le burn-out n’est pas un problème individuel. C’est un problème systémique. Et la « résilience » est trop souvent utilisée pour faire porter au salarié la responsabilité d’un environnement dysfonctionnel.
Deepak Chopra, dans ses travaux sur le bien-être au travail, fait une distinction que je trouve brillante : il y a le stress que vous pouvez modifier (vos habitudes, vos réactions, votre respiration) et le stress structurel (la culture toxique, le manager qui vous dévalorise, la charge impossible). Le premier, vous le gérez avec des outils. Le second, vous le gérez avec des limites, ou vous le quittez.
Et quand je dis « vous le quittez », je sais que ça sonne facile. Ce ne l’est pas. Mais rester dans un environnement qui détruit votre santé en espérant que ça s’arrange, c’est la stratégie la plus coûteuse qui existe.
L’anecdote que je n’ai jamais racontée
Avant MedX Performance, avant le Valais, il y a eu un moment dans ma carrière où j’ai sérieusement envisagé de tout arrêter. Pas la médecine, le cabinet. L’environnement dans lequel je travaillais à l’époque.
Pas de conflit ouvert. Pas de harcèlement. Juste un environnement stressant par le nombre de consultations à gérer sur une journée (vive le manque de médecins…). Et cette sensation de fond que mon énergie partait dans un trou noir, malgré tous mes efforts.
Mon sommeil s’est dégradé. Ma patience avec mes enfants aussi. Et je me suis surprise à me dire, un lundi matin : « Encore 5 jours. »
Quand vous comptez les jours avant le week-end, ce n’est pas de la fatigue. C’est votre corps qui vous dit que quelque chose ne va pas dans votre environnement.
Votre outil : l’audit relationnel professionnel (7 jours)
Geste 1 : le journal d’énergie relationnelle. Chaque soir pendant 7 jours, notez les 3 interactions professionnelles les plus marquantes de votre journée. Pour chacune, mettez une note d’énergie de -3 (m’a vidée) à +3 (m’a nourrie). Au bout de 7 jours, les patterns sautent aux yeux. Gretchen Rubin utilise ce type d’audit dans The Happiness Project pour identifier les « drains » et les « radiateurs » dans sa vie.
Geste 2 : complétez un cycle de stress chaque jour. Les Nagoski recommandent 20 minutes d’activité physique (vos exercise snacks comptent !), un contact physique de 20 secondes (un câlin, une main sur l’épaule), ou un bon fou rire. C’est ce qui « ferme » le cycle biologique que votre travail a ouvert.
Geste 3 : posez une limite cette semaine. Une seule. Petite. Concrète. « Je ne réponds plus aux e-mails après 20 h. » « Je prends ma pause déjeuner sans écran. » « Je dis non à cette réunion qui ne nécessite pas ma présence. » James Clear (Atomic Habits) l’explique bien : une micro-limite posée régulièrement recâble votre rapport aux frontières. La première est la plus difficile.
Sources
Sources : Emily & Amelia Nagoski, « Burnout: The Secret to Unlocking the Stress Cycle » (2019) ; Steven Kotler, « The Art of Impossible » (2021) ; Dr Rangan Chatterjee, « The Stress Solution » (2018) ; Deepak Chopra, « Total Meditation » (2020) ; Tim Ferriss, « Tools of Titans » (2016) ; Gretchen Rubin, « The Happiness Project » (2009) ; James Clear, « Atomic Habits » (2018).
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